Les arts nous portent largement au-delà d’eux-mêmes. Ils nous façonnent et souvent nous sauvent. L’art n’a pas, dans le système platonicien, de valeur.

Pour Nietzsche « l’art est aussi nécessaire que le bouffon » : cette contre puissance du réel nous autorise l’affirmation de notre légèreté et de notre insouciance. Car si l’art « autorise » ce basculement dans l’irréel, il en est également le moyen ; Bergson souligne avec brio, dans « le Rire » que l’art soulève le voile de l’utilité, celui qui nous retient dans le réel, pour nous permettre de vivre l’art .

 Quel est l’objet de l’art ?

«Si la réalité venait frapper directement nos sens et notre conscience, si nous pouvions entrer en communication immédiate avec les choses et avec nous-mêmes, je crois bien que l’art serait inutile (…) Entre la nature et nous, que dis-je ? Entre nous et notre propre conscience, un voile s’interpose, voile épais pour le commun des hommes, voile léger, presque transparent, pour l’artiste et le poète. Quelle fée a tissé ce voile ? Fut-ce par malice ou par amitié ? L’art n’est sûrement qu’une vision plus directe de la réalité. Mais cette pureté de perception implique une rupture avec la convention utile, un désintéressement inné et spécialement localisé du sens ou de la conscience, enfin une certaine immatérialité de vie, qui est ce qu’on a toujours appelé de l’idéalisme. De sorte qu’on pourrait dire, sans jouer aucunement sur le sens des mots, que le réalisme est dans l’œuvre quand l’idéalisme est dans l’âme, et que c’est à force d’idéalité seulement qu’on reprend contact avec la réalité »
L’art est donc pour l’homme le moyen de mieux percevoir son monde, de mieux l’appréhender ; mais aussi, selon Schopenhauer, de mieux le créer. Dans « Le monde est ma représentation », Schopenhauer en vient à considérer que nous vivons dans un monde réel crée par l’irréel, dans la mesure où nous vivons dans nos représentations, plus confortable que la réalité ; l’art au-delà d’aménager la nature pour la transformer en culture, vient ici altèrer notre rapport au monde car notre monde n’est plus le réel, avec sa volonté propre, mais « notre représentation ».
Enfin l’art est un régulateur des peurs et désirs d’une société ; il vient canaliser cette dernière en fonction des normes et valeurs qu’elle s’est imposée. Ainsi, l’art tend à sublimer le « bon » le « bien » par de multiples allégories, en faisant passer une représentation positive, mais tend à sanctionner sévèrement ce qui sort du cadran, des normes sociétales. On observera ainsi, dans les productions artistiques, des nombreuses catharsis, venant condamner le non suivi des normes, l’attitude anti-morale établie par la société.
Bourdieu affirme ainsi dans « Mais qui a créé les créateurs ? » que le travail de l’artiste s’inscrit toujours dans des circonstances, dans un contexte particulier qui de fait, explique la teneur de son travail, et le message sociétal qu’il contient.
L’art sert, et même beaucoup ; loin d’être inutile, il est un moyen et un but pour l’homme, lui permettant de se développer, et d’échapper au réel. « L’art est un anti-destin » car il permet d’altérer le réel, afin de modifier notre perception du monde.Extrait cours philo,Damien Theillier.

Pour les curieux du processus créatif, et pour aller plus loin sur la philo et l’art lire la partie II  du livre de G.Deleuze;  Qu’est-ce que la philosophie